Depuis sa mise en place, Parcoursup a transformé en profondeur la nature de l’enseignement au lycée. Alors que la formation pré-bac constituait une sorte de serre, où les élèves, encore protégés du monde du travail, avaient les moyens de poursuivre des apprentissages sereins, et notamment le droit à l’erreur (n’est-ce pas là un des principes de l’apprentissage : se tromper ?), ils sont désormais soumis à une évaluation permanente, où se joue « leur avenir ». Quel adulte supporterait, sans grave risque psycho-social, d’être ainsi évalué en permanence ? C’était pourtant là le projet : indexer l’école sur le monde du travail.
Au passage, nos relations avec les élèves et leurs parents, se sont considérablement altérées : de nous dépend désormais leur victoire sur les autres, dans la Grande Guerre de tous contre tous orchestrée par cette sauvage mise en concurrence. Pressions, rapports de force, négociations permanentes, obsession des moyennes et des points, traque de la fraude, jouissance du flicage, perversions tous azimuts : Parcoursup altère l’humain à tous les étages, dégrade nos métiers et abîme le lien précieux qui nous relie aux élèves. C’est dorénavant sur le grand marché de l’Éducation que tout s’évalue.
Dans l’affaire, il est facile de deviner que ce sont les classes populaires qui sont sacrifiées : le faible capital culturel et financier n’aide pas à tirer son épingle du jeu. Et si 98% des élèves obtiennent une formation, même peu désirée (grâce à l’illusion du « choix »), 2% restent néanmoins sur le carreau. C’est beaucoup. Mais le gouvernement pense à tout : en 2026, l’engagement dans l’armée est proposé comme contrepartie à une année de césure, qui fera l’objet d’une « valorisation » dans Parcoursup, au titre d’un « acquis de l’expérience ». On redoute le pire.
